Le procès qui s’ouvre aujourd’hui n’est pas seulement celui de Marine Le Pen. C’est celui d’une époque, d’un basculement lent mais désormais presque achevé : celui d’une démocratie qui s’est habituée à l’idée que l’extrême droite peut gouverner et qui regarde les affaires judiciaires non plus comme des alertes, mais comme des épisodes de communication.
Un procès pénal donc, mais aussi un procès politique, médiatique, symbolique et peut-être, paradoxalement, un accélérateur de l’histoire. Depuis plusieurs semaines, Marine Le Pen parle comme si elle avait déjà tourné la page. Ses déclarations, ses silences, ses propos contradictoires d’une semaine à l’autre laissent entendre qu’elle aurait acté, ou feint d’acter, son retrait de la prochaine présidentielle.
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Comme si l’enjeu n’était plus de gagner mais de défendre un nom, une respectabilité. Et surtout de transmettre. De passer la main à un homme de 30 ans, sans expérience, sans parcours professionnel hors de l’appareil partisan, sans autre capital que sa loyauté à une entreprise politique née de la haine des autres, entre xénophobie, homophobie et autre détestation de tout ce qui ne lui ressemble pas, à commencer par les pauvres.
Comment en est-on arrivé là ? Comment comprendre que des millions de Français soient prêts à confier les rênes du pays à Jordan Bardella ? Produit parfait d’une époque sans mémoire et sans épaisseur, où l’on confond la jeunesse avec la compétence, la communication avec la politique, l’agressivité avec le courage. Rien, semble-t-il, n’arrête le Rassemblement national. Ni les affaires, ni les contradictions, ni les reniements.
Ce qui se…
Auteur: Pierre Jacquemain

