« Le peuple kanak est en état d'urgence colonial et climatique »

Isabelle Leblic, anthropologue émérite au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), est autrice de Vivre de la mer, vivre avec la terre…en pays kanak (Société des océanistes, 2008). Elle dresse un bilan de la situation à la croisée des enjeux décoloniaux et écologiques.


Reporterre — Quatre mois après l’embrasement de l’île, la question kanak semble complètement invisibilisée en métropole. Comment l’expliquer ?  

Isabelle Leblic — Les projecteurs se sont braqués sur ce territoire uniquement pendant les émeutes, au début de l’été. Une fois la révolte réprimée, avec l’arrivée massive de militaires et le GIGN, la population, les dirigeants et les journalistes ont une fois de plus détourné le regard. La dissolution de l’Assemblée nationale, l’actualité politique et les Jeux olympiques n’ont pas aidé. Mais le problème est plus profond. Depuis longtemps, les gens se désintéressent de la question calédonienne. Déjà lors des « Événements » dans les années 1980, lorsque les Kanak s’étaient révoltés pour réclamer l’indépendance, la situation était regardée avec énormément de distance, excepté lorsqu’il y avait des morts, notamment Blancs.

« Il y a un refoulé colonial »

Au fond, il y a un refoulé colonial, une négation des droits des peuples autochtones. On ne veut pas croire que la France a toujours des colonies. Il faut que le pays s’embrase et que la guerre civile s’esquisse à l’horizon pour qu’on daigne s’y intéresser. C’est affligeant.

Quelle est l’origine de la révolte ?

Rappelons en préambule que l’archipel de Kanaky-Nouvelle-Calédonie a été colonisé en 1853 par la France. Elle est inscrite sur la liste des territoires à décoloniser établie par l’ONU. C’est un « territoire non autonome », selon l’article 73 de la Charte des Nations unies. Son peuple dispose du droit à l’autodétermination et à l’indépendance, des…

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Auteur: Gaspard d’Allens

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