Après le déchaînement de bêtise, de micro-fascisme et de fascisme grandeur nature qui ont suivi le meurtre de Nahel Merzouk, on croyait avoir tout lu, tout entendu. Mais il ne faut jamais être sûr de rien. Quelle n’a pas été ma surprise lorsque j’ai découvert dans l’une des quelques revues relevant de la common decency, au détour d’une série d’excellents articles à propos des émeutes, les analyses suivantes : « rien ne s’est passé », si ce n’est une petite perturbation engendrée par un banditisme néolibéral n’ayant rien à envier à la politique de l’ « Amérique ». Où l’on apprend quelques autres petites choses encore : où situer l’extrême-gauche, comment définir en toute humilité celle-ci par trois principes, en quoi le « nihilisme » caractérise aussi bien le capitalisme néolibéral que le banditisme barbare (à savoir, on l’aura compris, le mode d’être banlieusard). Et vous êtes, Monsieur Segré, l’heureux auteur de cette merveille.
Nous resterons toutefois mesuré dans la critique, puisque c’est à un camarade que nous nous adressons – un camarade qui représente toutefois une tendance de l’extrême-gauche à laquelle nous nous opposons.
Commençons par une remarque d’ordre sociologique. Ce que vous avez produit, cher Monsieur, un peu trop vite sans aucun doute (nous vous savons capable de mieux), est une sociologie sauvage. C’est-à-dire qu’il semble, à vous lire, que vous n’ayez pris connaissance de la vie dans les banlieues qu’en écoutant une mauvaise chanson de Booba (il y en a de meilleures), et vraiment jamais autrement. Or, le problème, pour le dire vite, est que vous auriez pu tout aussi bien écouter Keny Arkana, Kery James, Médine ou bien Nekfeu. Mais même les moins « conscients » et les plus « bandits » des rappeurs, ceux qui affirment bicraver et ne point vouloir faire un rap politique, parlent tout de même de racisme, de violences…
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Auteur: dev

