Le pic noir, une espèce ingénieure
Dans notre premier opus sur les espèces ingénieures, nous les avions définis comme des êtres qui façonnent physiquement leur environnement par leur simple présence. Dans ce rôle crucial de maintien des biotopes, nous avions distingué deux catégories : les espèces autogéniques et les espèces allogéniques. Tout comme leur confrère le ver hermelle, le pic noir se glisse dans la deuxième famille.
C’est un animal qui modifie son environnement en transformant un matériel vivant, ici le bois, d’un état physique à un autre. Pour quoi faire ? Comme pour nous autres, il s’agit de se créer un logis, élever et protéger ses petits. Somme toute, survivre et assurer sa descendance.
Avec sa taille conséquente de 45 à 55 cm pour 65 à 85 cm d’envergure, Dryocopus martius, le pic noir, est le plus grand représentant de sa famille, les Picidés en Europe. Son nom vient du grec :« druos » qui signifie « arbre » et « kopos », « marteler, taper ». Quant à « martius », ce serait une référence à ses dimensions royales, ou bien au mois de mars, la période de l’année où le mâle commence à frapper sur les troncs pour marquer son territoire et attirer les femelles. C’est un pic au plumage noir avec une calotte rouge chez le mâle et une tâche rouge sur la nuque chez la femelle.
Un peu d’histoire
Depuis le moyen-âge, le pic noir a reculé avec la forêt pour trouver refuge dans les forêts de montagne d’Europe centrale et de Scandinavie, et était ainsi connu jusque dans les années 1050 pour être un oiseau montagnard. C’est avec des changements de pratiques forestières au XIXème siècle qu’il est réapparu.
À cette période de l’histoire, l’Europe avait laissé le hêtre, son arbre fétiche et emblème de fin de succession écologique forestière, se réinstaller lentement. Quelle aubaine ! Le pic noir a pour coutume de choisir un arbre solide avec un endroit…
Auteur: Liza Tourman

