Le Pô à l’agonie : quand la mer dévore le fleuve, signe d’un monde qui bascule

L’inversion du cours de l’histoire

Le phénomène est aussi spectaculaire que terrifiant. Erri Facini, président local du syndicat agricole C.I.A., témoigne pour FranceInfo. Il illustre l’absurde en lançant un bâton dans le courant : au lieu d’être entraîné vers le large, le bois remonte le fleuve.

L’intrusion saline est une anomalie qui progresse à une vitesse alarmante : si dans les années 1960, la mer pénétrait de 5 kilomètres dans les terres lors des sécheresses, elle atteint désormais les 20 kilomètres. Le débit du Pô, aujourd’hui quatre fois inférieur à la normale, n’a plus la force de repousser l’eau salée.

L’agriculture « brûlée » par le sel

Sur le terrain, les conséquences sont brutales. Pour l’agriculteur Dario Ferro, le verdict est tombé : ses plants de riz sont « brûlés » en à peine vingt jours par la salinité. À ses côtés, 500 hectares de soja ont succombé à la chaleur intense. Le modèle agricole intensif de la plaine, conçu pour une époque où l’eau coulait à flots, est devenu une impasse.

« Quasiment toutes les stations d’irrigation sont fermées », déplore-t-il.

Les agriculteurs redoutent désormais une perte de récoltes allant de 30 à 40 %, poussant certains à abandonner des cultures ancestrales, comme la tomate, devenue impossible à produire.

Un système à bout de souffle

Paola Faggioli, de l’association Legambiente, décrit un paysage de désolation. Aujourd’hui, les plages qui émergent à l’ouest ne sont que le fond à nu d’un fleuve agonisant. L’eau manque à chaque étape du cycle : la neige des sommets a fondu dès le mois de mai, et les grands réservoirs, tel le lac Majeur, affichent un déficit de 43 % par rapport à la normale.

L’autorité de bassin est formelle : il ne reste que dix jours de ressources pour irriguer tout le bassin. Face à cette urgence, une question politique fondamentale émerge : celle du partage de…

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Auteur: Léonore Suied

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