Après le 24 février 2022, lorsque la Russie de Poutine a lancé une invasion à grande échelle de l’Ukraine, le monde n’a pas seulement été confronté à une contestation de l’hégémonie géopolitique occidentale. Derrière la politique agressive du Kremlin se trouvait une rationalité qui renvoie à l’idéologie impérialiste classique, selon laquelle les relations entre pays obéissent uniquement à la loi du plus fort. Dans ses discours, Vladimir Poutine a critiqué les interventions militaires étatsuniennes en Irak ou en Afghanistan, mais ce qu’il contestait surtout, c’était la prétention de Washington à détenir des droits exclusifs en matière d’interventions impériales, d’extension de sa sphère d’influence et de condamnation des autres puissances qui osent faire de même. Son défi à l’Occident se résumait donc à dénoncer l’« hypocrisie » étatsunienne : pourquoi certains auraient-ils le droit de faire ce qui est interdit aux autres ?
Ce qui, selon Poutine, relevait auparavant du seul impérialisme américain devrait désormais devenir la loi unique et reconnue de la politique internationale.[1]Dans sa vision du monde, seuls certains États seraient « organiquement » destinés à être des empires, dotés d’une capacité « souveraine » à faire la guerre, tandis que d’autres seraient voués à n’être que des « colonies », des objets à contrôler et à conquérir. Le droit de ces États « souverains » à exercer un pouvoir arbitraire à l’extérieur correspond à leur droit à exercer un pouvoir arbitraire à l’intérieur : si, derrière tout droit, il n’y a en dernière instance que la force nue, alors les droits humains ou le droit à une représentation démocratique dépendent eux aussi de la force — et ne sont donc qu’une arme au service de l’influence extérieure.
De cette logique impériale découle inévitablement une position anti‑révolutionnaire et anti‑démocratique…
Auteur: romain romain

