« Le pouvoir n'est pas aussi indigné par les néonazis que par Les Soulèvements de la Terre »

« Qui sème le vent récolte la tempête. » La journée de mobilisation du samedi 17 octobre a été marquée par une contestation inédite sur les plans économique et social, qui a déstabilisé le pouvoir. « Honte aux puissants », « Tu voulais qu’on traverse la rue », « L’argent des facs et des lycées, Zucman sait où le trouver », ou simplement « Colère » pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants et des manifestantes.

Des lieux de pouvoir locaux, des symboles de la puissance économique et de l’ultrarichesse ont été pris pour cible, des mairies à certains commerces, parfois de luxe. Une réponse à dix ans de macronie, caractérisés par la répression, le déni des contestations et le mépris de classe, que les Gilets jaunes, les lycéens, les étudiants, les militants écologistes et les agriculteurs ont dénoncés.

Pour discréditer cette contestation, certains préfèrent se focaliser sur des scènes d’appropriation de biens marchands ou dénoncer la « violence » des manifestants. Le sociologue Michel Kokoreff invite à déplacer le regard, au risque d’éclipser les revendications portées et de passer à côté des raisons de la mobilisation : « L’hyperbole d’une décennie lamentable. »

Reporterre — Guerlain, Apple, Darty… Des manifestants se sont introduits dans plusieurs magasins, parfois de luxe, pour s’approprier des biens marchands. Quelle lecture peut-on avoir de ces événements ? Quelle dimension politique revêtent-ils ?

Michel Kokoreff — La dimension politique n’est quand même pas avérée, mais pour comprendre ce qui s’est passé le 17 octobre et cette espèce d’explosion de colère, de dégradation — je ne dirais pas de violence, parce que les violences ce sont les atteintes à la personne [aux commerçants], il y en a eu quelques-unes, mais elles sont quand même très, très rares —, il faut le resituer dans dix ans de macronie. Il s’agit…

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Auteur: Fatoumata Sillah