Il est bon de s’arrêter sur cette polémique, non pas évidemment pour la question de savoir si le président Zelensky peut être accusé de nazisme ou non, mais sur ce postulat qu’ « un juif ne peut être nazi », qui est révélateur, chez certains, d’une certaine idée de l’identité juive.
En refusant ce postulat, le propos de Lavrov est indéniablement logique. À contrario, cela voudrait dire, en effet, que le chrétien, le musulman, et tous les non juifs pourraient donc être nazis mais pas le juif. En vertu de quoi ? De l’appartenance, de ses origines ? Dans d’autres peuples, on pourrait tourner le dos à son appartenance, à ses origines, au besoin les trahir, mais pas le juif ? Un musulman pourrait être islamophobe, un arabe arabophobe, un dirigeant arabe ou un palestinien collaborer avec Israël, un colonisé servir le colonisateur, trahir sa patrie, sa nation, sa communauté, comme il y en a eu et il y en a hélas de multiples exemples, mais pas le juif.
Le juif serait-il « naturellement » antinazi ?
Le juif serait donc le seul à avoir une sorte de « pureté », qui le préserve de ce type de comportements. C’est d’évidence un argument essentialiste, qui donnerait à l’identité juive une essence que n’auraient pas les autres, et donc une définition raciale. Or c’est exactement cela le racisme, qui constitue la base de l’idéologie nazie.
Ou alors l’argument serait que le juif serait « naturellement » anti nazi du fait qu’il a souffert du nazisme. Certes la shoah reste unique dans l’Histoire contemporaine, mais d’autres pays et d’autres peuples ont souffert des atrocités nazies, les Tsiganes, les Russes. L’armée française, au sortir de la résistance à l’Allemagne, tuait 45 000 algériens le 8 mai 1945, et reproduisait les techniques nazies : tortures, massacres de masse, fours à chaux. Tout cela se passait sous la présidence du Charles De Gaulle, résistant français s’il en est. L’Histoire n’est pas simple. Combien d’anciens résistants français, comme le général Bigeard et d’autres, ont été parmi les plus féroces tortionnaires contre les résistants algériens pendant la guerre algérienne d’indépendance. C’est donc avant tout une affaire d’idéologie et de système comme on le verra.
Dans l’histoire générale du monde, il y a eu d’autres génocides, autant, si ce n’est plus terribles, comme celui des amérindiens aux États-Unis. Le côté sombre de l’être humain, le côte tragique, cruel, amoral de l’ Histoire n’épargne personne. Combien de…
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Auteur: Djamel LABIDI Le grand soir

