Alors que les politiques climatiques nous placent actuellement sur une trajectoire de réchauffement catastrophique de 2,7 °C environ d’ici la fin du siècle, cette projection pourrait être sous-estimée de près de 0,4 °C, d’après une étude parue le 10 septembre dans la revue Environmental Research Letters. En cause, des sources d’émission de carbone qui ne sont pas ou peu prises en compte dans les modèles climatiques : celles du pergélisol, des feux de forêt, des zones humides et des milieux d’eau douce.
Ces milieux sont responsables de ce que l’on appelle des boucles de rétroaction positive. Lorsque le climat se réchauffe, cela augmente les émissions de carbone issues de sources « naturelles », qui à leur tour intensifient le réchauffement, dans un cercle vicieux qui s’auto-alimente.
Par exemple, lorsque les terres gelées en permanence des régions arctiques, qu’on appelle le pergélisol, se mettent à dégeler, cela réactive les micro-organismes qui s’y trouvent et libère du carbone. Le changement climatique intensifie de même fortement les feux de forêt, libérant le carbone stocké dans les arbres, tandis que la chaleur stimule la vie microbienne des eaux et zones humides qui émettent alors davantage de méthane.
0,2 °C à 0,4 °C de plus
Problème : ces phénomènes sont complexes, impliquent de très nombreux écosystèmes répandus un peu partout sur la planète et sont donc mal représentés dans les modèles climatiques. Certains modèles prennent en compte les feux de forêt ou le dégel du pergélisol, mais aucun des onze modèles du système Terre, utilisés dans le chapitre du dernier rapport du Giec consacré aux boucles de rétroaction biogéochimiques, ne prend en compte les quatre phénomènes susmentionnés, soulignent les auteurs de cette nouvelle étude.
Ils ont donc entrepris d’évaluer les émissions cumulées de ces quatre processus, en les intégrant à un modèle…
Auteur: Vincent Lucchese
