Alors que les liens personnels entre les élites politiques françaises et africaines et l’existence de réseaux d’influence officiels et officieux des deux côtés de la Méditerranée ont longtemps été les garants d’une expertise française sur le continent africain, Paris a été surpris par la généralisation de l’hostilité populaire contre sa politique en Afrique, qui s’est notamment manifestée par la rupture des partenariats de sécurité avec trois des cinq pays du G5 Sahel. Force est de constater que les autorités françaises ont été incapables d’anticiper cette évolution tendancielle ainsi que les putschs qui se sont succédé à un rythme accéléré en Afrique francophone depuis 2020.
Cette mauvaise « surprise stratégique » dans ce qu’on appelait autrefois le « pré carré » a pris de court les trois principaux acteurs de la politique étrangère française en Afrique : l’Élysée, le ministère des Armées et le Quai d’Orsay.
Ce manque de clairvoyance remet en cause ce qui était, hier encore, considéré comme l’une des forces de la diplomatie française : son expertise africaine. Avec 42 ambassades (pour 49 États subsahariens), 6000 militaires déployés et surtout une présence historique qui avait survécu à la décolonisation, les gouvernements français successifs se targuaient de « connaître l’Afrique » (en réalité, l’Afrique francophone). Cette soi-disant expertise a été prise en défaut et sa remise en cause manifeste a déjà des incidences importantes qui dépassent le seul cadre africain.
La fin du gendarme de l’Afrique
La première de ces incidences est la remise en cause de la tacite division du travail sécuritaire au sein des pays occidentaux. De même que les États-Unis sont considérés parmi les pays occidentaux comme l’acteur de référence pour les crises sécuritaires en Amérique du Sud, depuis la décolonisation la France était, selon l’expression en…
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Auteur: Thierry Vircoulon, Coordinateur de l’Observatoire pour l’Afrique centrale et australe de l’Institut Français des Relations Internationales, membre du Groupe de Recherche sur l’Eugénisme et le Racisme, Université Paris Cité

