L’annulation de la participation de Nadav Lapid au FID de Marseille aura fait couler beaucoup d’encre et suscité de nombreux et vifs débats. Dans notre dernière édition, nous publiions pas moins de trois articles sur la question, le réalisateur Sylvain George répond ici à l’un d’eux, non de l’anthropologue Catherine Hass.
Introduction : Ce que révèle la « nuance »
Cela a été dit et redit, écrit encore et encore, ce qui s’est passé au FID Marseille ne concernait pas Nadav Lapid comme personne, ni son identité, ni même sa seule présence dans l’espace d’un festival. Ce qui s’est joué tenait à la manière dont une institution culturelle européenne attribuait, au moment où l’État israélien poursuivait à Gaza une guerre d’anéantissement que les puissances occidentales accompagnaient, couvraient ou euphémisaient, une position d’autorité très symbolique à un cinéaste israélien, fût-il critique de son gouvernement, puis recevait comme une menace contre la pensée le refus de cinéastes arabes, palestiniens, libanais, syriens ou solidaires de la Palestine d’apparaître dans ces conditions.
C’est à partir de cette scène qu’il faut lire le texte « Non » publié par Catherine Hass dans Lundi matin, non comme une cible personnelle, mais comme un symptôme particulièrement lisible d’une opération plus large du champ culturel français. Ce qui lui donne l’apparence d’un texte plus « complexe » tient précisément à ce qu’il semble aller plus loin que ce la majeure partie de ce champ accepte de faire, contrairement à ce que son autrice déclare lorsqu’elle désigne les signataires de la tribune du Monde en soutien à Lapid comme des défenseurs de Gaza, ou du moins comme des voix déjà engagées contre « l’annihilation de Gaza » et « la volonté d’effacement du nom même de Palestine par Israël ». Une telle formulation opère une captation symbolique extrêmement…
Auteur: dev

