« Tu es sûre que tu ne vas pas regretter ? » Combien de fois un adulte qui n’a pas d’enfant a-t-il entendu cette phrase ? Combien de femmes sur le point d’avorter se sont heurtées à cette question ? S’il est communément admis que le regret de ne pas avoir d’enfant existe, le regret d’en avoir est tabou.
Pourtant, certaines femmes regrettent leur maternité malgré l’amour qu’elles portent à leurs enfants. Elles rejettent ce que la maternité a fait d’elles. Elles souffrent de ne pas avoir fait un choix éclairé en devenant mères, parce qu’elles ignoraient qu’elles pourraient le regretter. Pour pouvoir envisager une situation, encore faut-il savoir qu’elle existe. Et mettre un nom dessus.
C’est la sociologue Orna Donath qui met des mots sur ce sentiment pour la première fois. Après plusieurs années d’entretiens avec des mères âgées de 26 à 73 ans, elle publie en 2019 Le Regret d’être mère. Une plongée dans les tourments de femmes qui, loin d’être de « mauvaises mères », ont été poussées vers une vie qui ne leur ressemble pas.
Cet ouvrage est déroutant tant les profils des femmes interrogées contredisent nos préjugés : elles viennent de tous les milieux sociaux, ne sont pas tombées enceintes à l’adolescence, n’ont pas été quittées par leur conjoint au moment de la grossesse, et certaines ont même eu recours à des PMA. Pourquoi, alors, regrettent-elles ce nouveau rôle, pourtant vendu comme l’idéal de vie de toute femme hétérosexuelle ?
Perte de son individualité
Le décalage entre les attentes de ces femmes et la réalité de la vie de mère est le premier facteur de regret maternel. La maternité apparaît comme un accomplissement, une étape de vie naturelle dans une société hétéronormative qui valorise la reproduction. Les politiques natalistes ont largement contribué à véhiculer cette…
Auteur: Salomé Dionisi

