L’exposition « Barvalo » comprend une innovation muséographique unique : le « musée du Gadjo », qui invite les visiteurs non romani à mettre en perspective leur histoire et leur identité à travers le filtre d’un regard romani. Il s’agit d’une forme d’exercice intellectuel afin d’inciter la majorité non romani à « renverser son regard ». Ce faisant, le dispositif offre un point de vue critique sur une forme de présentation souvent dépassée et pourtant encore dominante dans les musées ou la recherche universitaire, celle de la représentation ethnographique des cultures « exotiques », « autres » ou « minoritaires ».
En préparant cette exposition, nous nous sommes collectivement demandé comment faire pour parler de l’expérience romani d’une manière qui soit à la fois marquante et à même de créer de l’empathie chez les visiteurs non romani. La question qui guidait nos réflexions était : comment aider ces derniers à comprendre ce que cela fait de se retrouver de l’autre côté du miroir ? Le musée du Gadjo – c’est-à-dire, d’un point de vue romani, le musée de l’Autre [1] – s’est présenté à nous comme la meilleure réponse collective.
Si les populations romani ont fait l’objet d’un grand nombre de représentations déformées à travers l’histoire, ce texte montre comment certains de ses membres interviennent aujourd’hui pour renverser cette dynamique. En nous inspirant de ces stratégies de « réplique » également utilisées par d’autres groupes minoritaires [2], et par l’ironie, l’humour et la satire, nous avons imaginé de manière collaborative un « cabinet de la gadjologie », devenu ensuite « musée du Gadjo », espace à part entière de l’exposition.
Un regard déformant
Cela fait plusieurs siècles que les groupes romani font l’objet de recherches. Autrement dit, jusqu’à une époque relativement récente, la production du savoir…
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Auteur: Anna Mirga-Kruszelnicka

