Le film-essai Le Repli, réalisé par Joseph Paris, suit le parcours du militant des droits humains Yasser Louati et retrace l’histoire du durcissement autoritaire de l’État. En alternant archives, témoignages et analyses de chercheurs, il revient sur la longue construction du « problème musulman », la montée du racisme, la répression des minorités et le recul progressif de nos libertés fondamentales. Les médias dominants y apparaissent comme un rouage essentiel à double titre : d’un côté, en agissant comme une caisse de résonance des discours identitaires et sécuritaires qui saturent le champ politique ; de l’autre, en étouffant les contre-discours et en effaçant du débat public le point de vue et les mobilisations des populations victimes des politiques liberticides.
Cadrages biaisés, stigmatisation des musulmans, surenchère sécuritaire, hystérisation des débats, mise en récit complaisante des interventions policières, plateaux irresponsables sur une sortie partielle ou totale de l’État de droit… Tels sont quelques-uns des ressorts journalistiques que dénonce Le Repli. Si les médias dominants ne constituent pas le cœur du film, leur critique émaille de nombreuses séquences.
État d’urgence : amalgames et angles morts
Le film s’ouvre d’ailleurs sur un contrechamp de Yasser Louati analysant son interview sur CNN au lendemain des attentats du Bataclan. Une mise en lumière de la brutalité d’un certain journalisme. Le dispositif, dont il se rappelle avoir été « captif », le place alors « tout seul » face à deux journalistes qui le somment d’endosser une responsabilité au nom d’une « communauté musulmane » : « Yasser, si vous êtes dans le camp français, pourquoi personne de la communauté musulmane n’a averti de ce qui se tramait ? […] Il me semble que c’était un plan de grande envergure, montrant qu’il y a sûrement quelqu’un au-delà des sept terroristes qui devait…
Auteur: Françoise Sandrine

