Le ressentiment, passion triste et moteur des replis identitaires

Le ressentiment est l’un de ces affects dont on redécouvre aujourd’hui ce que l’on sait pourtant depuis longtemps : qu’il détermine l’action des humains au moins autant que la raison que privilégiaient à juste titre l’Humanisme et les Lumières. En fait, il a été étudié largement par les philosophes, les psychologues et les psychanalystes. Il a été scruté par les historiens, qui ont suivi ses cheminements des révoltes d’esclaves de l’Antiquité jusqu’aux soubresauts du XXe siècle. Cette passion triste est enfin un phénomène de notre temps, un des ressorts majeurs qui poussent des millions d’individus vers les héritiers multiformes des fascismes, en expansion sur tous les continents.

Le bouc émissaire idéal, celui dont le sacrifice rituel lave la société tout entière de ses maux, c’est volontiers l’étranger.

Écoutons au départ l’historien Marc Ferro : « À l’origine du ressentiment chez l’individu comme dans le groupe social, on trouve toujours une blessure, une violence subie, un affront, un traumatisme. Il rumine sa vengeance qu’il ne peut mettre à exécution et qui le taraude sans cesse. Jusqu’à finir par exploser (1). » Le ressentiment naît donc de la souffrance et du déni, comme la colère naît de l’injustice faite à soi-même ou comme l’indignation procède de l’injustice faite à autrui. Mais, à la différence de ces deux affects voisins, il se nourrit de l’impuissance à agir contre ce qui cause la blessure et de la frustration de ne pouvoir s’en venger.

1

Le Ressentiment dans l’histoire. Comprendre notre temps, Marc Ferro, éditions Odile Jacob, 2007.

Avec le temps, tandis que la colère peut retomber, le ressentiment devient une façon d’être au monde qui s’applique de…

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Auteur: Roger Martelli

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