Qu’est-ce qu’un trouble mental, ou quel que soit le nom qu’on lui a donné au fil des siècles (folie, maladie mentale, etc.) ? Les idées sur la question n’ont cessé d’évoluer… mais il faut bien reconnaître que pour explorer le sujet, on ne demandait généralement pas l’avis des premiers concernés.
Pire, sitôt un individu estampillé schizophrène ou bipolaire, il se trouvait souvent réduit à ce trouble, et son humanité dans toute sa complexité disparaissait derrière le diagnostic posé – selon un processus dit d’essentialisation. Préjugés, commentaires et autres comportements entretiennent toujours les idées reçues et participent à la stigmatisation de ces personnes.
La stigmatisation reste très présente dans notre société, aussi bien en population générale qu’au sein des professionnels de santé du domaine. Pour autant, approches et pratiques de soin évoluent. Désormais, l’idée forte est d’accompagner les personnes ayant reçu un diagnostic de trouble mental vers leur « rétablissement » : non vers un état antérieur à la pathologie, mais vers une vie satisfaisante, riche de sens pour la personne. Nous vous présentons ici cette pratique encore trop peu connue.
Qu’est-ce qu’un trouble mental ?
Pour comprendre cette démarche, il convient de revenir un instant sur ce qu’est un trouble mental dans une approche biomédicale.
Classiquement, les troubles mentaux sont conceptualisés sur la base de ce qui, dans les comportements, les émotions, le rapport aux autres, etc. est considéré comme un décalage à la norme. Un trouble est décrit et identifié par une association donnée de signes cliniques et symptômes distinctifs (selon l’approche dite « nosographique », telle que décrite notamment dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles DSM-5).
Sur la base de ces associations sont distingués les troubles anxieux et dépressifs, du spectre de la schizophrénie, bipolaires ou encore liés à l’usage de substance (addictions). L’origine des troubles est surtout considérée comme biologique, mais également psychologique et/ou sociale (modèle biopsychosocial).
De ce fait, l’objectif des prises en charge psychiatriques sera de traiter les causes afin de réduire voire de supprimer les symptômes caractérisant le trouble afin d’obtenir un retour à un état plus proche du fonctionnement « normal » de la personne.
Les traitements médicamenteux (ici un antidépresseur) ont longtemps été privilégié comme moyen thérapeutique principal.
Tom Varco/Shutterstock, CC BY-SA
Dans le cadre des troubles bipolaires, il s’agira par exemple d’améliorer l’humeur en la stabilisant à l’aide d’un régulateur (traitement dit thymorégulateur, tels les sels de lithium. Il peut s’agir aussi d’aider la personne à identifier les premiers symptômes d’une phase de…
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Auteur: Caroline Munuera, Psychologue clinicienne spécialisée en Psychopathologie et doctorante en Psychologie, Université de Bordeaux

