Le 1er mai 2008, avec Aminata Diagne, j’écrivais dans le journal sénégalais Sud quotidien, bien avant la faillite de Lehman Brothers, « De la crise des subprimes à la crise globale ». Aujourd’hui, tous les ingrédients d’une crise majeure – peut-être plus puissante encore que celle des subprimes – sont réunis. Les dettes des uns sont les créances des autres : quand les premiers deviennent insolvables, les seconds s’endettent à leur tour, et la contagion s’enclenche. Un domino tombe, puis un autre, puis un autre. Avec Yann Moulier-Boutang, nous avions aussi proposé une lecture écologiste de cette dynamique, en la décrivant comme la première crise socio-écologique du capitalisme.
Sur le même sujet : L’interminable chute des dominos
Mais la crise ne naît pas d’abord dans la finance ; elle prend racine dans l’économie réelle, que la finance ne fait qu’amplifier. Il faut donc se garder de tout fétichisme de la monnaie : elle ne fait que masquer les rapports sociaux de production et de consommation à l’œuvre dans le capitalisme. Comme en 2008, la hausse des prix des matières premières et la remontée des taux d’intérêt fragilisent des États, des entreprises et des ménages déjà lourdement endettés. Dans cette économie mondialisée, en 2007, la faillite d’un ménage américain du Middle West a pu déclencher une chaîne de défaillances en cascade. Le battement d’ailes a peut-être déjà eu lieu et l’ouragan approche.
Le rôle du mulet
L’élection de Donald Trump – ce docteur Folamour en chair et en voix – joue le rôle du « mulet » de la saga Fondation d’Asimov : un facteur de déstabilisation qui accélère tous les mécanismes de crise. En déclenchant une guerre contre l’Iran, les États-Unis engagent un…
Auteur: Jérôme Gleizes

