Pour de nombreux enfants séparés de leur père par la Seconde Guerre mondiale, la Libération de la France à partir de 1944, puis la capitulation de l’Allemagne nazie en 1945 ont ouvert l’espoir de retrouvailles. Mais lorsque ces retours ont effectivement eu lieu, après quatre ou cinq ans sans contact ou presque, a-t-il été si facile pour les hommes absents de réintégrer le foyer et de reprendre leur place auprès des enfants ?
Autrice de la Seconde Guerre mondiale des enfants, l’historienne Camille Mahé s’est penchée plus particulièrement dans le panorama collectif Être père. Une histoire plurielle de la paternité (XVᵉ siècle-XXᵉ siècle) sur cette « lente et difficile recomposition des liens pères-enfants » qui a marqué des familles pour des décennies. Interview.
Dans vos travaux, vous citez cette phrase de Françoise Dolto selon laquelle en France, pendant la Seconde Guerre mondiale, « on ne risquait pas tellement la mort, mais cela a été la mort des relations ». Quelle a été l’ampleur de cette « mort des relations » entre pères et enfants ?
Camille Mahé : Françoise Dolto est une pédiatre et psychanalyste française, rappelons-le, et sa remarque peut surprendre quand on évoque un contexte de guerre. Pour bien la comprendre, il faut la remettre en perspective.
Le cas de la France est assez spécifique pendant la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’en mai 1940, il n’y a pas de combat sur le sol français et, après l’attaque allemande, les affrontements cessent rapidement. Avec l’armistice du 22 juin 1940 et jusqu’au Débarquement de juin 1944, la violence de guerre s’arrête théoriquement – dans les faits, la population reste exposée aux bombardements et aux exactions nazies. Mais il faut noter une différence avec le front de l’Est, où il n’y a pas de pause dans les combats et où les violences sont plus massives et systématiques.
Auteur: Camille Mahé, Maîtresse de conférences en histoire, Université de Strasbourg

