La composition du gouvernement Attal a suscité chez les éditorialistes des interrogations sur un déficit de « poids lourds » dans le vivier des ministrables, propos qui fait écho à ce qui est perçu comme un manque de figures qui « impriment » véritablement chez les Républicains et à la difficile relève des présidentiables au sein de la France insoumise. Les élus seraient-ils moins talentueux qu’hier ?
Évitons la nostalgie d’un imaginaire âge d’or. Une approche plus sociologique des doutes qui visent de façon croissante les professionnels de la politique pourrait nous aider à questionner certaines perceptions. Cette perception notamment que les hommes et les femmes engagés en politique disposent d’une capacité d’innovation anesthésiée et produisent plus d’effets d’annonce que de changements
Un rétrécissement social
Le recrutement du personnel politique n’a jamais été le décalque de la diversité sociale. Il y a aujourd’hui aux échelons ministériel et parlementaire un remarquable élitisme. Agriculteurs et artisans-commerçants, ouvriers et employés représentaient moins de 7 % des députés élus en 2012 pour 57 % de cadres et professions intellectuelles supérieures et 16 % de collaborateurs d’élus. Ce dernier chiffre est important. La biographie de candidats à la présidentielle pouvait rendre visible que certains d’entre eux comme François Fillon ou Benoît Hamon n’avaient jamais exercé de métier hors de la politique ou d’activités liées.
Mais, comme l’a montré un renouveau des travaux de sociologie des élus, le poids croissant de trajectoires marquées par l’insertion dès la fin des études dans le périmètre des métiers liés à la politique – collaborateurs d’élus, membre de cabinets ministériels – révèle une dynamique de clôture. Les travaux de l’équipe stéphanoise du Centre de recherches et d’études sociologiques appliquées de la Loire (CRESAL)…
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Auteur: Erik Neveu, Sociologue, Université de Rennes 1 – Université de Rennes

