Le rire et le couteau du cinéaste portugais Pedro Pinho s’est imposé comme l’un des films les plus célébrés de l’année 2025. Présent dans de nombreux classements de fin d’année, régulièrement cité parmi les œuvres jugées les plus importantes du cinéma contemporain, il a bénéficié d’une reconnaissance critique large, rapide et durable, en France comme à l’international. Le film a été accueilli comme une œuvre nécessaire, à la fois audacieuse et lucide, capable de se confronter à la colonialité sans naïveté, en assumant un positionnement politique et esthétique que beaucoup ont salué comme exemplaire.
Un film parfaitement ajusté
Cette reconnaissance n’est pas ici mise en cause comme telle. Elle constitue au contraire le point de départ du présent texte. Il ne s’agit ni de contester le succès du film, ni de lui opposer une posture polémique, encore moins de produire une critique par principe ou par réaction. Il s’agit de revenir sur un film déjà consacré, déjà installé, déjà reconnu comme central, précisément parce qu’il occupe cette position, et d’interroger ce que cette centralité rend possible, ce qu’elle autorise, et ce qu’elle neutralise.
Le rire et le couteau se présente explicitement comme un film conscient de l’histoire coloniale et de ses héritages contemporains. Il parle du colonialisme, le nomme, l’intègre à son récit, et en fait un ressort narratif et esthétique assumé. Il ne se situe pas dans le déni, ni dans l’ignorance, ni dans une reconduction naïve des clichés les plus grossiers. Il revendique au contraire une forme de lucidité, une attention aux impasses de la domination, et une volonté de ne pas se tenir à distance des questions politiques que soulève la persistance des rapports coloniaux.
C’est précisément pour cette raison que le film appelle un examen attentif, non pas de ses intentions, mais de ses formes effectives. Car la…
Auteur: dev

