Le vote du 49.3 sur le budget et la menace de censure du RN pourraient intervenir très rapidement. Vendredi, Michel Barnier a fait des concessions sur le prix de l’électricité, calmant la menace de Marine Le Pen qui lui a alors donné « jusqu’à lundi » pour répondre à ses autres « lignes rouges ». Mais ce dimanche, cette dernière a laissé entendre que son groupe voterait la censure en raison du refus du gouvernement de modifier le budget de la sécurité sociale. Comme l’explique le chercheur Julien Robin, le RN joue pleinement son rôle de « veto player » défini par la théorie politique. Or la gauche pourrait jouer ce rôle si elle le décidait. Entretien.
Le RN menace-t-il de censurer Barnier immédiatement, or le procès de Marine Le Pen vient de s’achever – elle risque prison et inéligibilité. Peut-on faire un lien entre ces deux séquences ?
Julien Robin : On pourrait voir un lien entre le risque d’inéligibilité pour Marine Le Pen et l’accélération de la menace de censure dans les derniers jours. Il y a cependant d’autres éléments à aligner pour comprendre les motivations de la censure.
La situation parlementaire (fragmentation en 11 groupes) oblige le gouvernement à trouver une majorité de voix sur chaque vote. On pourrait parler ici de « gouvernement minoritaire » car Barnier doit négocier avec d’autres groupes pour gouverner. Jusqu’ici, le RN a assuré un soutien implicite au gouvernement, comme l’illustre la première motion de censure où le groupe RN s’était abstenu.
Lors des votes enregistrés à l’Assemblée, on constate que le groupe RN vote souvent avec la majorité. On peut mesurer le taux de proximité avec le vote des autres groupes : il est de 57 % la Droite républicaine, de 51 % avec Ensemble pour la République, et de 49 % avec les groupes Démocrates et Horizons. Ainsi le groupe RN (et le groupe ciottiste UDR) est très proche des groupes du socle commun au…
Auteur: Julien Robin, Doctorant en science politique, Université de Montréal

