Le RN, « trou noir » du paysage politique français

L’adoption de la motion de rejet sur le projet de loi immigration par l’Assemblée nationale signe sans doute un échec personnel pour le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui s’y était beaucoup investi et dont certains pensaient qu’il lui servirait de point de départ pour d’éventuelles ambitions présidentielles.

Mais cet échec va bien au-delà d’une simple péripétie qui, dans un régime parlementaire, est monnaie courante lorsque les alliés, en l’occurrence les députés Les Républicains, font défaut. Il témoigne d’une situation de crise politique plus profonde qui devient cette fois explicite et vient confirmer le fait que le Rassemblement national est devenu le « trou noir » du paysage politique français, absorbant tout ce qui se trouve à sa périphérie et pliant l’espace-temps politique en contraignant les autres partis à céder ou à échouer.



L’immigration reste un facteur central de clivage dans le débat politique

On a souvent évoqué la fin du clivage droite-gauche, un clivage historiquement associé à une sociologie désormais dépassée où les ouvriers de gauche votaient contre les bourgeois de droite. De nombreuses études ont montré que les trajectoires électorales des citoyens sont désormais plus ondoyantes, plus fluides et plus incertaines.

La désaffiliation politique des catégories socioprofessionnelles modestes, qui s’abstiennent ou votent pour le RN plus que pour la gauche, vient s’ajouter aux transformations de l’offre politique du RN qui n’est plus celle du Front national. Le RN entend prendre en charge l’ensemble des vulnérabilités, qu’elles soient économiques ou sociétales, dans le cadre d’un souverainisme lui-même adouci et qui ne revendique plus la sortie de l’Union européenne. Avec cela il faut prendre en compte le fait que 33 % des catégories supérieures ont voté pour Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de…

La suite est à lire sur: theconversation.com
Auteur: Luc Rouban, Directeur de recherche CNRS, Sciences Po