Le Rojava en sursis après la chute de Bachar Al-Assad

Qamishli (Syrie), reportage

Un vent de liberté souffle sur la Syrie après cinq décennies de dictature sous le régime Assad père, puis fils. Treize ans de combats, 6 millions de réfugiés et 7 millions de déplacés internes (sur une population de 21 millions) en auront été le colossal tribut. Mais depuis la chute de Bachar Al-Assad le 8 décembre 2024, l’heure est à la liesse : des familles séparées par la guerre sont réunies, des prisons libérées, des disparus retrouvés. Pour d’autres, c’est la détresse qui prime à l’heure d’ouvrir les fosses communes et de dresser le bilan terrifiant de la politique d’extermination pratiquée par le régime contre ses opposants.

Dans la région autonome du nord-est syrien, où résident 4 millions d’habitants et l’essentiel de la population kurde du pays, l’euphorie de la chute d’Assad est teintée d’angoisse. « Depuis plus de 25 jours, des centaines d’obus traversent le ciel de notre village chaque jour », nous raconte Abu Dalshir au téléphone, la voix étranglée par la peur.

Son village est sous le feu des groupuscules armés soutenus par la Turquie, qui profitent de la chute d’Assad pour avancer vers l’est de la Syrie. Pour Abu Dalshir, il n’y a aucun doute : « Ces attaques visent à chasser les Kurdes de leur zone. »

Sa peur est largement partagée dans la région autonome du nord-est syrien — plus connue sous le nom de Rojava —qui s’étend des frontières de la Syrie avec l’Irak et la Turquie jusqu’aux rives de l’Euphrate.

Tout au long de la guerre civile, cette région habitée par une mosaïque de communautés (arabes, kurdes, syriaques, arméniennes, ou encore yézidies) a profité de l’affaiblissement militaire du régime Assad pour lui arracher une autonomie croissante, avec un mode de gouvernance démocratique très particulier. Mais cette expérience d’autogestion semble plus que jamais en sursis.

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Auteur: Lyse Mauvais, Solin Muhammed Amin

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