Une des caractéristiques du débat public français – de longue date, certes, mais avec une acuité particulière actuellement – est la propension du pouvoir, démocratiquement élu, à prétendre non pas uniquement représenter au mieux les citoyens tels qu’ils sont, mais guider leurs destins personnels et collectifs, supposément pour le mieux, dans une rhétorique à la fois martiale, volontariste et paternaliste.
Cela peut concerner le choix d’avoir ou non (et quand, et combien) des enfants, comme lorsque le président Emmanuel Macron promet « un réarmement démographique », les modes de relations éducatives entre les adultes et les enfants, quand le premier ministre Gabriel Attal appelle à « un sursaut d’autorité » et à une contre-attaque républicaine sur le terrain des rapports à la jeunesse, l’instauration d’un service national universel ou encore la régulation de certains comportements de consommation et de loisirs comme l’usage intensif des écrans.
Cela nous rappelle à une problématique latente dans toute la modernité politique française : qu’est-ce que l’État peut légitimement imposer aux individus, et réciproquement, que peuvent attendre de l’État lesdits individus ?
Autorité ou contrainte
On pourrait arguer que les déclarations publiques de nos dirigeants citées précédemment procèdent d’une série de méconnaissances : de ce qui distingue l’autorité, comme capacité à exercer une influence légitime car elle est reconnue, mais qui ne peut ni s’imposer ni se codifier, du pouvoir de contraindre, qui lui est encadré par le droit et peut le cas échéant être restauré lorsque la loi est violée ; du fait, comme l’écrit l’historienne Bénédicte Chéron, que le rôle social d’encadrement de la…
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Auteur: Camille Roelens, Chercheur en sciences de l’éducation, Université de Lille

