Une dérangeante allégation revient souvent : l’inventeur de la Terre du Milieu serait « raciste ». Dans son livre Tolkien contre les machines, Sébastien Fontenelle réfute cette idée, et s’en prend à toutes les lectures malhonnêtes de l’oeuvre de Tolkien, plus particulièrement aux tentatives de captations frauduleuses de l’extrême-droite. C’est tout au contraire « une source d’inspiration progressiste, notamment sur la question environnementale, devenue indissociable de la question politique » que l’on peut y trouver.
Cette suspicion naît du postulat que certaines des nombreuses ethnies dont l’écrivain a peuplé sa Terre du Milieu seraient plus ou moins obliquement présentées comme supérieures. Pour Stephen Shapiro, professeur de littérature anglaise et comparée à l’université de Warwick, par exemple, Tolkien est un « nordiciste », postulant une suprématie des races nordiques, et cela détermine l’organisation générale de son univers imaginaire, où, « pour le dire simplement, les bons sont blancs, et les méchants, noirs [1].
La cartographie morale et politique de la Terre du Milieu dit assez nettement la structuration de Tolkien en de telles matières : le Bien, dans ce monde secondaire, est, de fait, occidental et septentrional, et le Mal méridional et oriental. L’inventeur des Hobbits ne s’en cache d’ailleurs nullement, lorsqu’il fait par exemple, dans une lettre déjà citée, l’éloge de ce qu’il présente à son correspondant comme son « atmosphère » : celle, de tradition censément celtique et nordique, « du Nord-Ouest, c’est-à-dire la Grande-Bretagne et les régions voisines en Europe », où n’entre rien qui vienne de « l’Italie ou l’Égée », et « encore moins » de l’« Orient ».
Pour autant : le boréalisme nazi – cette idéalisation fanatique et racialiste des pays du nord de l’Europe et de leurs cultures – lui est profondément…
Auteur: Sebastien Fontenelle

