Le 20 mai, Reporterre a été auditionné par le Sénat. La convocation à cette mission d’information, reçue deux mois plus tôt, a tout de suite suscité notre méfiance. Par son intitulé d’abord : « Les zones grises de l’information : comment réguler les médias d’information en ligne. » Par sa composition ensuite : parmi les rapporteurs, on trouve Agnès Evren, bras droit de Rachida Dati et une des signataires de la proposition de loi Duplomb. Par le contexte enfin : au même moment, à l’Assemblée nationale, l’audiovisuel public était passé sur le grill d’une commission d’enquête très à charge menée par le député d’extrême droite Charles Alloncle.
« Nous sommes au Sénat ici, pas à l’Assemblée », ont tempéré les rapporteurs de cette très policée mission d’information, en réponse à notre perplexité. Du 11 mars au 28 mai, dans l’enceinte feutrée du palais du Luxembourg, ils auditionnent pêle-mêle TikTok, Hugo Décrypte, l’Arcom (le régulateur de l’audiovisuel) et les médias indépendants en ligne tels que Disclose, Streetpress, Mediapart, Blast, Basta ! et Reporterre.
Que la représentation nationale cherche à mieux encadrer les réseaux sociaux, percer à jour les mystères de leurs algorithmes, anticiper les ravages de l’intelligence artificielle générative, soit. Tous ces acteurs agissent dans un inquiétant mélange d’opacité et d’irresponsabilité. Mais, pourquoi demander des comptes aux « médias d’information en ligne » et chercher à les « réguler » alors qu’ils répondent aux mêmes obligations — la loi sur la liberté de la presse de 1881 — que la presse imprimée ?
Pourquoi se focaliser sur les médias indépendants alors que quelques grands groupes industriels, dont l’activité principale n’est pas la presse, multiplient les rachats ? Dans un contexte de concentration des médias — faut-il rappeler qu’une petite dizaine de…
Auteur: Amélie Mougey

