Chaque matin depuis une semaine, avant d’enfourcher mon vélo pour aller au bureau, j’enfile des gants. Et chaque soir depuis une semaine, quand je relève le courrier, je trouve une ou deux lettres de relance du Secours catholique, de La Mie de pain, d’Aux captifs la libération ou des Petits frères des Pauvres. Le froid est revenu, et il nous fait les poches tout en nous serrant le cœur. L’idée que cette dame que nous croisons tous les jours dans son sac de couchage, que Robert que nous avons rencontré à l’occasion d’une maraude, que Patrick qui a toujours le mot pour rire sur son banc public, dormiront dehors ce soir est insupportable.
On entend des formules qui voudraient soulager notre conscience tourmentée : « C’est à l’État de prendre cela en charge ! » ; « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde », etc. Mais tout l’Évangile et toute la Tradition psalmodient autre chose. Au soir du monde, nous serons jugés par tous les pauvres de l’histoire. Jésus nous l’a dit. L’Évangile et toute la Tradition nous commandent ne jamais détourner les yeux du frère nu, étranger, affamé.
Les pauvres et l’Eglise
Ainsi le service des pauvres n’est-il pas une manière d’être chrétien, mais la seule et unique manière. Il suffit de rouvrir le Catéchisme de l’Église catholique pour s’en convaincre : « Dieu bénit ceux qui viennent en aide aux pauvres et réprouve ceux qui s’en détournent. (…) L’amour des pauvres est même un des motifs du devoir de travailler, afin de “pouvoir faire le bien en secourant les nécessiteux” (Ep 4, 28). (…) S. Jean Chrysostome le rappelle vigoureusement : “Ne pas faire participer les pauvres à ses propres biens, c’est les voler et leur enlever la vie. Ce ne sont pas nos biens que nous détenons, mais les leurs” (Laz. 1, 6 : PG 48, 992D). (…) Quand nous donnons aux pauvres les choses indispensables, nous ne leur faisons point de largesses…
Auteur: Jean de Saint-Cheron

