Quelle est aujourd’hui la plus grande menace qui pèse sur nos sociétés ? Quel spectre, pour reprendre le célèbre incipit du Manifeste du parti communiste, hante l’Europe ? Reflet de la complexité de notre époque, les réponses à cette question peuvent être diamétralement opposées. Pour les uns, la guerre en Ukraine impose un agenda sécuritaire : c’est l’effort de défense qui doit être privilégié. Pour les autres, le risque climatique est le vrai sujet : hors la transition énergétique, point de salut.
La récente intervention d’Emmanuel Bonne à l’IFRI, lundi 18 septembre, a de ce point de vue surpris les organisateurs : au lieu d’insister sur les défis géopolitiques, les questions militaires et de sécurité, de parler de la reprise du Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan, de la contre-offensive ukrainienne, des ambitions de la Chine sur Taïwan ou encore de la remise en question de la politique française au Sahel, le conseiller diplomatique du président Macron (et sherpa du G7/G20) a consacré la quasi-totalité de son intervention aux enjeux climatiques.
Des partenariats autour de l’environnement
Revenant du G20 de Delhi, et peut-être soucieux de valoriser l’action de la France dans ce format, il a qualifié la réunion de « succès », alors que de nombreux commentateurs ont vu dans l’absence de condamnation explicite de la guerre en Ukraine un recul par rapport au sommet de Bali (novembre 2022), et un signe de l’effacement de l’influence occidentale. Pour Emmanuel Bonne, le G20 avait au contraire permis de sauver l’essentiel, à savoir maintenir le consensus avec les pays du Sud, représentants de la plus grande partie de l’humanité, en vue de la prochaine COP28 de Dubaï (du 30 novembre au 12 décembre 2023).
La France, qu’il a présentée comme une « puissance partenariale » (après que le président Macron a parlé, lui, de « puissance d’équilibres », avec un « s »…
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Auteur: Guillaume Lagane, Maître de conférences, Sciences Po

