Le souffle de l'éphémère et le vent du boulet

« Le milliardaire ne cache pas qu’il mène un ‘projet civilisationnel’ réactionnaire d’extrême droite, à travers ses chaînes de télé comme CNews et ses maisons d’édition. […] La concentration inédite de la chaîne de financement entre les mains de Vincent Bolloré lui donne toute liberté d’agir le moment venu. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas » [1].

Au début du mois de mai 2026, c’est par ces mots que le monde du cinéma alertait sur le « danger civilisationnel » à venir. Mis à part les auteurs de Grasset, on ne sache pas qu’il se soit produit dans le monde de l’édition [2], un mouvement identique à celui qui a secoué le festival de Cannes en 2026.

En fait, cela dépasse largement les sphères du cinéma ou de l’édition ; il s’agit d’un phénomène plus profond et plus étendu dont la clarification se dérobe à cause de son caractère totalement inédit, de l’effondrement des contre-pouvoirs organisés, de la déconfiture de la théorie politique et de quelques autres obstacles de nature idéologique. L’objet de ce texte est d’aborder certains de ces blocages à la lumière d’expériences récemment vécues.

La réception d’un manuscrit sur la guerre coloniale russe en Ukraine a suscité la réaction suivante d’un éditeur dont voici la seule phrase in extenso : « Nous vous remercions pour cette proposition, mais nous ne souhaitons pas publier de livre sur ce type de sujet. Nous avons réorienté notre ligne éditoriale vers des sujets plus incarnés depuis l’année dernière ». Cette réponse a été uniquement prise comme point de départ des réflexions qui suivent.

À chacun de choisir son mode d’incarnation

« Des sujets plus incarnés » est-il écrit. C’est justement dans la chair, dans le corps des Ukrainiens et des Ukrainiennes que la guerre de Poutine s’est douloureusement et massivement incarnée depuis plus de quatre années. Et faute de mieux à la place où nous sommes, qu’y a-t-il de plus «…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev