Ce deuxième numéro de Oὖtis ! naît de la volonté de sonder le rapport entre la configuration moderne de la démocratie, de l’universalisme démocratique, et les nouvelles formes du rapport entre la justice et le droit. Un concept théorique, sur lequel nous avons particulièrement insisté, est celui de pouvoir destituant, qui nous semble utile pour comprendre des modalités apparemment inédites d’opposition au capitalisme contemporain, qui émergent sous des formes radicalement disparates et plurielles. Des révoltes maghrébines aux révoltes françaises et italiennes – les fameuses révoltes territoriales, du mouvement no TAV aux protestations contre les décharges, jusqu’aux révoltes initiées par les migrants. L’objectif est de comprendre si et, le cas échéant, comment, des manifestations comme celles qui ont eu lieu au Maghreb peuvent s’inscrire dans ce paradigme, qui est en train de métamorphoser la dichotomie classique entre pouvoir constituant et pouvoir constitué, entre capitalisme et lutte de classe. Au fondement de notre proposition théorique de pouvoir destituant se trouve l’idée de la construction d’une subjectivité sans sujet, d’un antagonisme sans ennemi, qui échappe à la polarité traditionnelle et qui se présente, donc, comme un vide face au vide, faisant ainsi émerger le vide métaphysique sur lequel repose le pouvoir constitué.
Dans cette perspective, nous avons été frappés par l’exécution d’Oussama ben Laden, parce qu’elle montre, une fois de plus, l’aspect spectral à partir duquel se constitue le pouvoir. Si on part de la distinction biopolitique, dans le sens large du terme, entre faire vivre et laisser mourir, il nous semble distinguer, ici, une réaffirmation du pouvoir de mort dans le sens le plus traditionnel qui soit. L’affirmation sur laquelle se fonde la mise à mort d’Oussama ben Laden semble être celle d’une justice qui n’a plus besoin d’une quelconque couverture…
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Auteur: dev
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