« Invisibilisation du stock »
Nous vivons dans une société qui n’a jamais autant stocké, mais qui ne veut plus voir ses stocks. Derrière la promesse d’un monde fluide, connecté et livré à la demande, s’étend un continent discret d’entrepôts, de plateformes logistiques et de data centers dont l’emprise territoriale croît à un rythme soutenu. D’ici à 2050, le parc immobilier logistique devrait augmenter de 50 %, soit près de huit millions de mètres carrés supplémentaires. L’exposition Stock, organisée par le Pavillon de l’Arsenal et présentée à Paris dans les anciens locaux de La Poste Rodier, s’ouvre sur cette perspective d’expansion continue des plateformes logistiques, des entrepôts de self-stockage et des data centers. La prolifération de ces architectures anonymes, toujours plus vastes et toujours plus éloignées des centres urbains, est interprétée par le commissaire de l’exposition, Paul Landauer, comme le symptôme d’une « invisibilisation du stockage ». Selon cette lecture, la modernité fondée sur l’abondance énergétique aurait consacré l’infrastructure de transport au détriment des lieux de réserve, relégués aux marges du territoire, là où s’articulent les différents flux. Ce « refoulement » du stock hors du champ de la représentation collective, alors même que son empreinte spatiale ne cesse de s’étendre, constitue la thèse inaugurale de l’exposition.
Le parcours débute par un état des lieux des dynamiques qui façonnent les espaces contemporains du stockage. Des cartographies réalisées par l’APUR révèlent le maillage discret mais structurant de cet immobilier spécialisé, étroitement dépendant des réseaux de transport et d’énergie qui assurent son fonctionnement. En contrepoint, des photographies dépourvues de présence humaine, représentent ces architectures piranésiennes qui prennent une tonalité dystopiques. Face à ces paysages de la logistique contemporaine, le…
Auteur: ugopalheta

