Le Tadjikistan, nouvelle base arrière de la menace djihadiste ? Un raccourci trompeur

L’attentat du Crocus Hall dans les faubourgs de Moscou marque l’échec du renseignement russe (FSB) à lutter contre la menace terroriste en Russie depuis qu’il est occupé à contenir toute opposition à la guerre en Ukraine. N’ayant pu prévenir cette attaque, le FSB s’est empressé de trouver des coupables : une dizaine de migrants tadjiks, parmi lesquels les quatre assaillants présumés, dont les aveux ont visiblement été obtenus sous la torture.

L’identité tadjike des terroristes et la revendication de l’attaque par l’État islamique au Khorassan ont rapidement orienté les analystes et journalistes vers l’Asie centrale, une région présentée depuis plus de vingt ans comme la poudrière du monde. Pourtant, faire du Tadjikistan la nouvelle tête de pont du djihadisme est un raccourci trompeur.

Le Tadjikistan, une expérience unique d’islam politique en Asie centrale

En accédant à l’indépendance en 1991, le Tadjikistan, peuplé aujourd’hui d’environ 10 millions d’habitants s’est divisé entre deux visions diamétralement opposées de la place de l’islam dans la vie politique : face à la continuité d’une société laïque portée par les anciens communistes, l’opposition réclamait un retour aux fondements de l’islam sunnite et l’établissement d’un régime islamo-démocrate.

Ce conflit idéologique entraîna une véritable guerre civile, sur laquelle le pouvoir actuel s’est construit. C’est en effet l’arrivée au pouvoir en 1996 du premier régime taliban en Afghanistan, avec lequel le Tadjikistan partage plus de 1 000 kilomètres de frontière, qui a précipité la résolution du conflit dans le but d’éviter un effet domino de l’islamisme sunnite en Asie centrale.

L’accord de paix signé en juin 1997 après une médiation active de la Russie et de l’Iran stipulait la création d’un gouvernement d’union nationale entre les ex-communistes au pouvoir, autour de la figure de…

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Auteur: Olivier Ferrando, Enseignant-chercheur à l’Université catholique de Lyon, spécialiste des sociétés d’Asie centrale, Université catholique de Lyon (UCLy)

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