Un puits de carbone longtemps ignoré
En 1949, la France sortait de la guerre. Elle cherchait des combustibles, et avait cartographié ses tourbières dans ce seul but. Aujourd’hui, le regard a changé. Selon le nouvel Atlas du WWF France, ces milieux couvrent 155 686 hectares métropolitains et stockent l’équivalent de deux années d’émissions carbone françaises.
Véronique Andrieux, directrice générale du WWF France, résume ce basculement : « hier, nous cartographions les tourbières pour les exploiter. Aujourd’hui, nous les étudions pour mieux les préserver. »
Une tourbière ne stocke pas du carbone en continu. Elle en fixe par photosynthèse, mais l’essentiel repart aussitôt dans l’atmosphère. Seule une faible part s’accumule chaque année, pour former au fil des millénaires des réserves considérables.
Résultat, les tourbières ne couvrent que 3 % des terres émergées de la planète, mais stockent à elles seules 2 fois plus de carbone que les forêts. Cette lenteur rend leur destruction grave : un siècle de drainage peut relâcher ce que des millénaires ont construit. L’assèchement entraîne aussi un tassement du sol, qui accroît le risque d’inondation.
Les terreaux menacent les tourbières
Chaque année, près de 500 000 hectares disparaissent dans le monde. Leur disparition progresse dix fois plus vite que leur formation naturelle.
L’une des causes significatives de cette dégradation : l’extraction de tourbe, massivement utilisée pour l’horticulture et le jardinage. Aujourd’hui, deux tiers de la tourbe extraite au niveau mondial sont transformés en substrat horticole et terreaux pour jardins.
Et l’Europe est la première productrice et consommatrice mondiale de tourbe. 80 % de l’extraction de tourbe pour l’horticulture a lieu en Europe. Elle génère chaque année pour la seule Union européenne des émissions de près de 10 millions de tonnes de CO2-éq.
Ainsi, un sac de…
Auteur: Isabelle Vauconsant
