« Nous sommes tous des Yuqui ». C’est apparemment le mot d’ordre d’Ivan Segré dans l’article qu’il consacre à ce qu’il qualifie de tournant néocolonial de l’anthropologie contemporaine. Pour celles et ceux qui auraient raté les épisodes précédents, ce débat s’est engagé à partir d’une recension d’Ivan Segré du recueil « Les mondes de l’esclavage » publié récemment au Seuil, réflexions auxquelles a répondu l’anthropologue Philippe Erikson. Ni une, ni deux, Ivan Segré s’est fendu d’un cours élémentaire d’anthropologie auquel David Jabin et Philippe Erikson ont à leur tour répondu. Nous en sommes donc à la réponse de la réponse à la réponse de la réponse… Si l’on peut craindre une épidémie de torticolis parmi nos lectrices et lecteurs les plus assidus, le débat se poursuit avec un sérieux et une documentation très riche qui a le grand mérite de permettre d’entrer à pieds joins dans les problématiques anthropologiques. Au reste, que cette science souvent considérée comme subalterne et gentiment exotique se retrouve chargée des enjeux politiques contemporains ne peut que nous réjouir.
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« La question n’est point tant de savoir dans quelle mesure tout cela est vrai, mais plutôt de mesurer à quel point c’est faux. »
Pierre Clastres, La Société contre l’Etat
Dans sa Leçon inaugurale au Collège de France, Claude Lévi-Strauss revient sur l’imbrication du colonialisme et de l’anthropologie depuis la découverte du Nouveau Monde, « dialogue équivoque » dont une « science » de l’homme doit assumer l’histoire pour s’en défaire et accoucher d’un véritable « humanisme » : « Notre science est arrivée à la maturité, le jour où l’homme occidental a commencé à comprendre qu’il ne se comprendrait jamais lui-même, tant qu’à la surface de la terre une seule race, ou un seul peuple, serait traité par lui comme un objet. Alors seulement, l’anthropologie a pu s’affirmer pour ce qu’elle est : une entreprise, renouvelant et expiant la Renaissance, pour étendre l’humanisme à la mesure de l’humanité ». Concluant son intervention, Lévi-Strauss rend hommage aux « Indiens des Tropiques » et à « leurs semblables par le monde », expliquant qu’il entend transmettre son enseignement « tel que je fus parmi eux, et tel que, parmi vous, je voudrais ne pas cesser d’être : leur élève et leur témoin ». C’est par un mouvement analogue que Xavier…
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Auteur: lundimatin

