Le traitement pénal de l’exploitation sexuelle en France : droit, genre et culture

C’est sous le terme de « traite des Blanches » que la traite à des fins d’exploitation sexuelle fait son apparition dans l’arène internationale à la fin du XIXe siècle, suite à la révélation de la présence de prostituées mineures étrangères (notamment anglaises) dans des maisons closes bruxelloises. Le scandale dépasse rapidement les frontières de la Belgique et remplit les colonnes des journaux occidentaux pour se muer en panique morale. La figure de la victime y est stylisée, unanimement décrite comme très jeune, naïve, innocente, arrachée à sa famille et contrainte à la prostitution dans un autre pays que le sien par des hommes violents et sans scrupule.

Bien que différents travaux aient procédé à l’invalidation rigoureuse du « scandale », en montrant à partir des archives de l’époque son absence d’étayage empirique, le terme de « traite des Blanches » se répand rapidement. Il alimente notamment, pendant les décennies qui suivent, le combat abolitionniste contre la prostitution réglementée, au nom de la défense des droits des femmes.

En établissant un parallèle avec la traite des Noirs, définitivement abolie quelques décennies plus tôt seulement, cette expression convoque l’imaginaire de l’esclavage et lui ajoute un ressort dramatique auquel la population européenne est particulièrement sensible : les victimes sont ici blanches, par leur couleur de peau autant que par la virginale innocence qui leur est prêtée.

Le contexte colonial de l’époque, qui lie largement question raciale, morale sexuelle et identité nationale, et les crispations nationalistes du début du siècle, motivent l’engagement des gouvernements dans la lutte contre la traite : en contrôlant les prostituées et leurs déplacements, il s’agit aussi d’éviter les métissages menaçant la nation dans son intégrité raciale et sexuelle.

La Convention des Nations unies pour la répression de la traite des…

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Auteur: Mathilde Darley, Chargée de recherche au CNRS, directrice adjointe du CESDIP et chercheuse associée au Centre Marc Bloch de Berlin, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)