« Pourquoi donc parler de Zemmour, objet (à juste titre) de son ressentiment, ou pour être plus précis, de son « indignation » et de Drumont, ce grand promoteur de l’antisémitisme français, un peu oublié aujourd’hui ? »
C’est le boulot d’un éditeur de laisser traîner ses oreilles et son nez au vent, histoire d’entendre le bruit et de humer le parfum de l’époque – c’est ainsi qu’il aura des chances de bien vendre ses livres en les choisissant au mieux. Et bien sûr, le choix de Zemmour comme objet d’analyse tombe à pic. Qui en douterait pourra toujours se référer à ce papier d’Acrimed qui s’intéresse à la présence du monsieur dans l’espace médiatique après la sortie de son bouquin – édité à compte d’auteur – La France n’a pas dit son dernier mot[1]. Si, d’ailleurs, vous avez comme moi la faiblesse d’écouter parfois la radio ou de lire ne serait-ce qu’un journal de la presse quotidienne régionale, vous n’avez pas pu échapper à cette nouvelle campagne de réclame qui annoncerait, nous dit-on en prenant un air informé, une candidature à la présidentielle.
C’est pourquoi la lecture de ce petit bouquin peut s’avérer utile, même si sa conclusion suscite de ma part quelque réserve, mais j’y reviendrai.
Le premier bon point que l’on puisse lui décerner, me semble-t-il, c’est qu’il part d’une saine colère. En effet, Gérard Noiriel, historien de métier à la déjà longue carrière et aux nombreuses références académiques que je n’énumérerai pas ici, laisse poindre son ire contre Zemmour qui, dans son « dernier livre » (en l’occurrence, Le Destin français, puisque l’écriture du Venin dans la plume date de 2019) « s’en prend violemment aux historiens professionnels ». Au point que Noiriel dit avoir « éprouvé en lisant les pages de Destin français consacrées à [s]a communauté professionnelle [quelque chose de] comparable à ce que ressentent les membres des communautés musulmanes quand Zemmour discrédite leur religion, ou les homosexuels quand il s’en prend au “lobby gay” ».
Pourquoi donc parler de Zemmour, objet (à juste titre) de son ressentiment, ou pour être plus précis, de son « indignation » (mot qu’il utilise dans son avant-propos) et de Drumont, ce grand promoteur de l’antisémitisme français, un peu oublié aujourd’hui ? Noiriel s’en explique en passant par Shlomo Sand, qui écrivait, à propos du Suicide français (un précédent opus zemmourien) : « Il a pu sembler que jamais depuis La…
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Auteur: lundimatin

