Celles (Hérault), reportage
La route qui dévale la colline se fond soudain dans la terre rouge. Là, sur les rives tranquilles du Salagou, des bâtisses sans toit, des portails colorés de graffitis, et le silence, à peine troublé par quelques pépiements. À première vue, Celles paraît un village fantôme.À première vue seulement. Au détour d’une rue déserte, les coups de maillet répondent au crissement des gravats qu’on déblaie. Dans l’air, des effluves de pain chaud se mêlent au fumet réconfortant d’une cheminée.À l’étage d’une ruine, Vincent, François, Ronan et François — que des hommes ce jour-là — posent un échafaudage. Gestes hésitants mais sourire affirmé. Ces nouveaux habitants du village ont tous un point commun : ils ne sont ni locataires, ni propriétaires des lieux. Car Celles est le premier village de France devenu non-spéculatif.
Ronan et François (à gauche) aident François (à droite ) à remettre la ruine sur pied. © David Richard / Reporterre
Une petite révolution rendue possible par l’histoire singulière du village — « et la conjonction de luttes diverses », précise d’emblée Christine Garcin, conseillère municipale. Tout commença au tournant des années 1960, quand le département de l’Hérault décida, pour convertir les vignobles en vergers, de créer un lac d’irrigation. Celles devant être submergé, les habitants furent expropriés, et le village abandonné.Sauf que… au vu de la crise agricole, la mutation viticole s’arrêta, et la réserve d’eau ne fut pas totalement remplie. La suite, c’est Joëlle Goudal — 6 ans au moment des expropriations — qui la raconte, au téléphone : « Pour nous, les habitants, il y avait une certitude : il fallait que Celles vive et soit réhabilité. »
Le lac du Salagou, teinté par la terre rouge, après de fortes pluies. © David Richard / Reporterre
De longues décennies de bataille pour garder le statut de…
Auteur: Claude Morizur

