Montpellier (Hérault), reportage
Au premier coup de nez, le rosé dégage des effluves fruités, légèrement acides. Dans le verre, de fines bulles parsèment sa robe couleur pêche. En bouche, la sensation est…. « troublante, n’est-ce pas ? » sourit Pierre Einaudi. Car il manque à ce vin, fabriqué au domaine provençal de Bargemone, un ingrédient principal : l’alcool.
Un breuvage, baptisé Java sans modération, pour répondre à une demande croissante : un quart des moins de 35 ans ne prend jamais d’alcool, principalement pour des raisons de santé. « Quand on ne boit pas, on n’a souvent le choix qu’entre un Ice Tea et un jus, nous voulions permettre à toute la table de trinquer, explique le jeune vigneron. Le vin reste un totem de la convivialité. »
Comme lui, ils sont une poignée de viticulteurs à se lancer dans la bouteille à 0 %, qui connaît un engouement inédit. Le marché mondial des boissons sans alcool a ainsi augmenté de 7 % en volume en 2022 — une croissance qui devrait se poursuivre dans les prochaines années. En 2024, 28 % des Français déclaraient consommer des boissons « NoLow » (pour « No alcohool » et « Low alcohool », sans alcool et à faible teneur en alcool).
De quoi susciter des attentes dans un secteur viticole en crise. « Vu le marasme dans lequel se trouve le monde du vin, c’est sans doute une des réponses », souligne Pierre Einaudi. Face à la chute drastique de la consommation, « le sans alcool pourrait être une source de diversification bienvenue, abonde Julien Franclet, vigneron et président de Sud Vin Bio. Dans le contexte actuel, ce serait dommage de s’en passer. »
Règles floues, manque d’outils
Dans les allées du Salon du vin bio, à Montpellier, les vignerons ne sont pourtant pas nombreux à exposer leur cuvée sobre. Et pour cause : « Pour le moment, le cahier des charges bio ne permet pas de désalcooliser du vin, explique Julien…
Auteur: David Richard, Lorène Lavocat

