Le vote comme minimum, jamais comme horizon

Voter ne renversera pas le capitalisme, ne remplacera jamais une grève et ne donnera pas soudainement le pouvoir à la population. Mais aucune de ces limites ne constitue une raison suffisante pour abandonner les urnes. Le véritable enjeu est surtout celui de voter sans jamais réduire la politique au vote.

Les quatre premiers volets de ce dossier ont défendu une idée qui pourrait sembler paradoxale : le vote mérite d’être utilisé précisément parce qu’il ne suffit pas. Nous avons vu que l’abstention n’empêche personne de gouverner, que le pouvoir économique reste profondément inégalitaire, que tous les gouvernements ne produisent pas les mêmes conséquences et qu’un pouvoir autoritaire peut réduire jusqu’aux possibilités de le combattre.

Mais défendre le vote comporte aussi le risque de laisser croire que déposer périodiquement un bulletin constituerait à lui seul une participation politique suffisante. Ce serait remplacer une impasse par une autre. Car si l’abstention n’est pas nécessairement antisystème, voter ne l’est évidemment pas davantage. Tout dépend de ce que l’on fait avant, pendant et surtout après l’élection.

Le faux choix entre l’urne et la rue

Une partie du débat politique repose sur une l’opposition entre ceux qui feraient confiance aux élections et ceux qui privilégieraient les luttes sociales, l’action directe, la grève ou la désobéissance. Mais pourquoi faudrait-il choisir ? Voter prend quelques minutes et n’interdit absolument rien du reste.

Une élection permet de peser ponctuellement sur la distribution du pouvoir institutionnel. Une grève permet de s’attaquer directement au fonctionnement économique. Une manifestation construit un rapport de force. Une association organise des solidarités. Un syndicat permet aux travailleurs de défendre collectivement leurs intérêts. Aucun de ces outils n’annule l’utilité des autres.

Le véritable problème commence quand…

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Auteur: Elena Meilune