Au milieu des années 1950, alors que le tourisme devient une activité de masse, le voyage devient un marronnier des albums pour la jeunesse, entre stéréotypes et envie de liberté.
Lorsqu’on pense au voyage et à la littérature de jeunesse, il est probable qu’on ait immédiatement en tête le périple de Bilbon ou Phrodon Saquet du Comté jusqu’à la Terre du Milieu, dans Le Seigneur des anneaux de Tolkien, ou bien encore celui du jeune Jim Hawkins parmi les pirates dans L’Île au trésor de Robert-Louis Stevenson.
Écrits pour un public d’adolescents, tous ces romans d’aventures mettent en avant le goût de l’exploration, du départ vers l’inconnu, du dépassement de soi, de la quête initiatique qui, pour le lectorat masculin à qui ces ouvrages sont plutôt destinés, fait devenir homme.
Évidemment, nous sommes assez loin de tout cela avec les albums pour enfants. Dans ces ouvrages qui mêlent textes et images et s’adressent plus particulièrement aux jeunes, voire très jeunes, enfants, le voyage ne se présente pas comme une suite de rituels pour devenir adulte mais un tremplin pour grandir. Et cette expérience de l’espace se fait l’écho d’une société marquée par le tourisme de masse.
Le deuil de l’aventure
Dans Miki and Mary. Their Search for Treasures de Maud et Mishka Petersham, album américain de 1934, ce que recherchent les deux jeunes héros de l’histoire, c’est justement l’aventure et un trésor. « C’était un voyage d’aventure et de découverte. » dit le narrateur : « Miki avait une boussole et Mary avait une carte ».
Pour cette aventure, les deux enfants cherchent un bateau mais celui qu’ils trouvent n’est pas « un voilier et cela déçut (Miki) ». Ils embarquent sur un paquebot qui a déjà son circuit imposé et qui se présente comme étant bien loin de la représentation de…
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Auteur: Christophe Meunier, Maître de conférences en littérature de jeunesse, Université de Tours

