Charlène Descollonges est ingénieure hydrologue. Elle publie le 12 septembre Agir pour l’eau — Le mode d’emploi citoyen, aux éditions Tana.
Reporterre — Inondations dans le Nord, intempéries dans les Pyrénées-Atlantiques, mais aussi sécheresse dans plusieurs départements du sud-est… Cette rentrée est marquée par des extrêmes hydriques. Dans votre nouvel ouvrage, vous expliquez que ces phénomènes sont symptomatiques de la dégradation du cycle de l’eau, causée par nos activités. C’est-à-dire ?
Charlène Descollonges — Un cycle de l’eau naturel, non anthropisé, fonctionne avec des flux d’eau bleue — celle qui transite dans les cours d’eau, les lacs, les nappes —, mais aussi d’eau verte, qui s’infiltre et se stocke dans le sol et les plantes. Cette eau verte est très peu prise en compte, alors qu’elle joue un rôle essentiel, et que nos activités l’affectent énormément. Par exemple, dès lors qu’on déforeste, on impacte le régime des pluies, qui dépend énormément des arbres.
En France, notre principal impact sur le cycle de l’eau est l’artificialisation des sols. Quand la goutte de pluie tombe, trois options s’offrent à elle : ruisseler, s’infiltrer ou s’évaporer. Lorsqu’on bétonne, on augmente fortement le ruissellement, et dans une moindre mesure l’évaporation. Sans compter que l’agriculture intensive, quand elle compacte les sols ou retourne des prairies naturelles, est une forme d’artificialisation. Donc on ne recharge plus les sols ni les nappes. Derrière, on se retrouve d’un côté avec des débordements par ruissellement, et de l’autre avec un assèchement des sols. Sécheresse et inondations sont les deux faces d’une même pièce : celle d’un cycle de l’eau fortement dégradé.
Vous dénoncez également un « rapport de prédation » des humains sur l’eau. Qu’entendez-vous par là ?
Ce rapport de prédation est relié à une forme de peur de…
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Auteur: Lorène Lavocat

