Thomas Delavergne est autoentrepreneur, ex-animateur d’ateliers de journalisme web pour la jeunesse.
Le lourd silence de Dachau, camp de concentration nazi, a marqué à l’encre indélébile l’adolescent que j’étais, à l’été 1995. Un demi-siècle après la Shoah, à cet endroit précis, la chaleur accentuait la pesanteur des images montrant le quotidien innommable des condamnés — l’une d’elles reproduisait une fosse commune, sur un mur de dix mètres sur trois (peut-être le choc visuel m’a-t-il fait perdre le sens des proportions…).
Imaginer, sur le lieu même des faits, ces femmes et ces hommes rachitiques récupérer des miettes sur la table voisine vous prend davantage aux tripes que regarder, assis confortablement sur un canapé, un documentaire à la télévision ou sur internet, si poignant soit-il. Ce choc émotionnel à l’adolescence a inconsciemment construit le citoyen adulte que je suis devenu, prompt à réfuter les discours haineux et extrémistes.
Aujourd’hui, les images de feux en Grèce, Sibérie ou Canada, de tempête et d’inondations s’enchaînent, sans réaction d’ampleur. Et ce, malgré les nombreux morts climatiques recensés notamment en Californie, l’un des plus riches États d’Amérique, lors du meurtrier mois de novembre 2018. Fin décembre, les derniers restes humains de l’incendie, nommé Camp Fire, attestaient de quatre-vingt-cinq morts.
Le 8 novembre 2018, l’incendie Camp Fire s’est déclenché à 140 kilomètres au nord de Sacramento, en Californie. Wikimedia Commons/CC0/NASA/Joshua Stevens
Une actualité en chasse une autre
À cela, plusieurs raisons. D’abord, il est difficile pour tout un chacun de se représenter, sans les avoir constatés, les ravages des déforestations dues à des feux embrasant tout sur leur passage, ou les destructions provoquées par les inondations. Et puis une actualité chassant l’autre, les conséquences de ces événements traumatiques sont difficiles aussi à conscientiser. Dix mois après la tempête Alex survenue en 2020, France TV était revenue dans la vallée de la Roya pour rappeler qu’un de ses villages était encore coupé du monde un an plus tard. Une initiative intéressante pour marquer nos esprits, mais trop rare. Objectivement, une fois la canicule estivale achevée et l’actualité médiatique passée à autre chose, combien de téléspectateurs s’interrogent sur leur rapport à une consommation d’eau responsable ?
À cette trépidation de l’actualité s’ajoutent l’anxiété produite par la…
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Auteur: Reporterre

