Une chronique signée Rania Daki parue dans Reporterre du 15 octobre 2025 …
«Pourquoi tu parles d’écologie, alors que c’est pas notre priorité dans la vie?» Cette question, on me l’a souvent posée. Parfois avec agacement, parfois avec sincérité. Et je ne vais pas mentir : moi aussi, je pensais comme elles et eux.
Parce qu’autour de moi, on court après l’essentiel. Parce que lorsqu’on se demande si nos parents pourront payer le loyer ou si nos frères et sœurs ne subiront pas de discriminations, manger bio ou faire du vélo ne nous apparaît pas comme une priorité.
J’ai grandi à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. Une ville, comme j’aime le dire, toujours en travaux. Je pense que j’étais encore en primaire quand les chantiers ont commencé. Imaginez-vous du bruit constant dans vos oreilles, des panneaux de signalisation partout devant vos yeux, et de la pollution dans vos poumons.
L’environnement qui nous entoure nous intoxique, sans même qu’on s’en rende compte. C’est peut-être à cause de ça que mon frère a souffert de nombreuses crises d’asthme enfant, ou que ma mère a des problèmes respiratoires. Et ce ne sont pas des cas isolés.
« Cette écologie, trop souvent, est portée par des visages et des récits éloignés des nôtres »
C’est au lycée, pendant un cours de géographie, que j’ai compris que ce combat m’appartenait aussi. Le genre de cours qu’on survole, entre deux soupirs. Et puis, les faits sont tombés : le chlordécone aux Antilles, les déchets européens déversés en Asie, la sécheresse qui dévore l’Afrique. C’est là que j’ai saisi une chose essentielle : l’écologie concerne tout le monde, mais pas de la même manière. Et surtout, au fond, il ne s’agit pas seulement de planète, mais d’humanité. De dignité.
« Autour d’moi, y a des gens qui veulent s’en sortir, des mères qui veulent s’assoupir », comme le dit le…
Auteur: Claude Morizur

