Économiste féministe, Camila Baron revient sur la façon dont, en Argentine, le leader libertarien et d’extrême droite Javier Milei a su exploiter les questionnements issus de la crise sanitaire pour séduire une jeunesse principalement masculine alors que, dans le même temps, les mouvements féministes puissants n’ont pas réussi à développer une économie politique visant à revaloriser le bien commun et promouvoir une interdépendance radicale et la participation collective.
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Le retour des questions classiques
La pandémie, ce fait social total sur lequel il faut toujours revenir, a remis sur le devant de la scène des questions qui avaient disparu du discours public depuis de nombreuses années. Une fois l’hégémonie néolibérale installée à la fin des années 1970, l’économie a été éloignée de la politique : les institutions de gouvernance, les formes de circulation du travail et les régimes de propriété ont été considérés comme allant de soi. La pandémie a été une expérience globale et simultanée, unique dans l’histoire de l’humanité. La technologie a permis de savoir, en temps réel, comment elle était vécue aux quatre coins de la planète. Les premiers jours, on a craint des pénuries généralisées, mais la dystopie des zombies n’a pas eu lieu. Les marchandises ont continué à arriver sur les étagères. Certaines activités ont été déclarées essentielles, d’autres étaient simplement essentielles de facto : elles n’avaient aucune chance de s’arrêter. Au début, il y a eu des questions communes qui se sont très vite dissipées. On parle de production, de consommation et de distribution : combien on produit, combien et pour quoi ? Quels sont les biens essentiels que l’on ne cessera pas de consommer ? Les conditions de vie et de travail ont été discutées comme jamais auparavant : comment sont les maisons ? Que se passe-t-il dans les bureaux ? Et dans les usines ? Qui n’a pas de…
Auteur: redaction

