Qui se souvient de Lee Kyung-Hae, Sud Coréen, représentant de la paysannerie de son pays, qui allait se donner la mort lors d’une rencontre de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) à Cancùn, au Mexique, le 10 septembre 2003. La lame qu’il se planta dans le cœur était celle d’un couteau suisse. C’est à Genève, où siège l’OMC, qu’il avait mené auparavant une grève de la faim, pour les mêmes raisons.
« Qui est tenté par le suicide est tenté par l’invisible, secret sans visage. »
Maurice Blanchot, L’écriture du désastre.
En une vingtaine d’années nous avons tous, même les imbéciles, appris à comprendre ce qu’a pu être la globalisation marchande accélérée par les divers accords internationaux : l’écrasement de dizaines de milliers de petits producteurs de par le monde, autant dire leur anéantissement.
Le suicide de ce paysan emblématique ne provoqua pas l’émotion qu’on aurait pu imaginer. C’est que nous sommes là dans le contexte froid et résolument chiffrable du commerce à grande échelle, il ne saurait être question de prendre en compte la question d’un militant exemplaire, d’un chef de la ligue paysanne d’un pays parmi d’autres.
« Le suicide contient en lui-même une lacune qui laisse sans appui, alors même que celui de Lee Kyung-hae intervient contre un principe économique qui, l’excluant, sous le règne sans partage du profit, se refuse à le penser – sachant que cela supposerait sa propre remise en cause, il l’ignore. La mort se passe dans l’ombre de ce que ce principe ne veut pas prendre en compte, mais qu’un rapport, autre et extrême, soulève : la mort de ce principe telle qu’en lui-même il la porterait. »
Cette scène de suicide dont il sera plus tard le protagoniste, Lee l’avait vécu déjà, dans une sorte de vision prémonitoire, après un premier échec près de l’OMS, en 1990. Il notait dans son journal intime : « Nos voix…
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Auteur: dev

