Empressons-nous de dire que dans notre conception, l’indigence est un état de basculement (effondrement) de la conscience humaine vers les lignes de basses eaux culturelles et éthiques, où l’être humain, bousculé, précarisé et conditionné par les incertitudes de son existence, renonce à l’intelligence et abandonne la dignité humaine par la volonté de s’accrocher à des vacuités matérielles qui sont promues, médiatisées et donc perçues comme des valeurs existentielles. Cette quête de subsistance pour l’existence entraîne des fissures dans la conscience humaine. C’est à travers elles que le capitalisme s’infiltre pour déverser les ressources de sa géostratégie de la déshumanisation en abrutissant l’humain.
Le paradoxe comme processus d’impensé par la double pensée
Ce processus d’abrutissement, de conditionnement et d’effondrement de la conscience par le capitalisme mutant a été prédit par Pierre Bourdieu. En effet, en 1998, celui-ci écrivait, avec une précision analytique chirurgicale que « cette utopie néolibérale qui se réclame du progrès, de la raison et de la science ne cherche qu’à renvoyer dans l’archaïsme la pensée critique, en détruisant méthodiquement toutes les structures collectives et tous les acquis sociaux » (Pierre Bourdieu, Contre-feux. Propos pour servir à la résistance contre l’invasion néo-libérale, Paris, Liber-Raisons d’Agir, 1998). Dans ce même ouvrage, il écrivait en substance : L’essence du néolibéralisme est d’imposer partout un abrutissement collectif massif, en promouvant le chaos et la précarité comme les seuls modes de domination. Ce sont eux qui permettent de maintenir cet état généralisé d’insécurité et de précarités comme conditionnement psychologique pour mieux soumettre les travailleurs, asservir les peuples et les empêcher de penser aux autres possibles plus dignes pour sortir de cette impasse existentielle faisant du libre marché la…
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Auteur: Erno RENONCOURT

