Le démantèlement des politiques diversité, égalité et inclusion (DEI) au sein des administrations états-uniennes et de grandes entreprises a généré peu de contestations en interne et dans l’espace public par rapport au revirement qu’il représente. Pourquoi ? Parce qu’il surfe sur la vague de la fatigue de genre (gender fatigue) qui s’est développée dans les pays occidentaux ces dernières années.
Cette expression désigne la lassitude, l’exaspération, voire l’indignation par rapport au sujet de l’égalité entre les femmes et les hommes, en particulier dans la sphère professionnelle : on en ferait trop pour les femmes.
Par exemple, de plus en plus d’hommes soulignent qu’il est difficile d’être un homme dans la société actuelle. C’est ainsi que s’accroît la polarisation entre les perceptions des femmes et des hommes, ainsi que les écarts de vote, comme l’a rappelé la victoire de Trump aux États-Unis.
Je suis responsable adjoint de la chaire Diversité & Inclusion de l’EDHEC business school (France). Au cours de mon doctorat à l’UQAM (Université du Québec à Montréal) et de mes activités de chercheur, j’ai mené des centaines d’entretiens avec des employés pour connaître leur vision de l’égalité femmes/hommes au travail. J’ai ainsi pu percevoir la montée de la fatigue de genre.
Un frein au succès des politiques d’égalité femmes/hommes
Il est important de comprendre les causes de cette fatigue, car elle peut s’avérer un frein à la réussite des politiques d’égalité, voire participer au retour de bâton (backlash).
La philosophe française Estelle Ferrarese y voit un antiféminisme déguisé : « En réalité, ce qu’on nomme fatigue est une résistance active, un refus de perdre son privilège. » Cette résistance est plus difficile à contrer qu’une opposition classique, car elle est souvent subtile et silencieuse.
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Auteur: Denis Monneuse, Researcher – Deputy head of the diversity & inclusion chair, EDHEC Business School

