Pourra-t-on, à terme, assurer la souveraineté alimentaire française en produits d’élevages (produits laitiers, œufs et viandes) ? Face à un renouvellement générationnel insuffisant, des solutions innovantes sont à trouver d’urgence pour améliorer l’accès à la terre agricole et au financement. Reconfigurer le maillage territorial et financiariser davantage les systèmes d’élevage : ces deux actions pourraient permettre d’aboutir à une filière duale qui associerait exploitations de grande envergure et filières territorialisées.
Les attentes sociétales sont fortes envers les différentes filières d’élevage : qualité gustative, qualité environnementale, typicité, respect du bien-être animal, transparence… Or ces attentes ne peuvent être comblées que dans un contexte territorial favorable, où se rencontreraient initiatives réglementaires fortes, entrepreneuriat, innovations technologiques et organisationnelles. Assurer le renouvellement générationnel des responsables d’élevages français et européens, c’est assurer aux consommateurs-citoyens français et européens qu’ils pourront continuer à manger des viandes, œufs et laits qui satisfont leurs attentes de durabilité environnementale et sociétale. À cette exigence d’une souveraineté alimentaire de la qualité, s’ajoute celle d’une souveraineté alimentaire protéinique, afin qu’elle ne soit pas déléguée aux pays du Mercosur, à l’Amérique du Nord ou à la Chine.
D’ici à 2030, plus d’un tiers des exploitants agricoles atteindront l’âge de la retraite, selon les Chambres d’Agriculture de France. Or un exploitant sur trois ne serait pas remplacé, selon le Centre d’études et de prospective du ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire. Des problèmes structurels menacent en effet le renouvellement générationnel des filières agricoles à long terme, les filières d’élevage ne faisant pas…
Auteur: Raphaël Stephens, Chercheur en sciences sociales (alimentation, innovation, transitions, sciences en société, humanités numériques), UniLaSalle

