Ces derniers mois, la Nouvelle France a suscité de vives controverses nourries par des lectures aussi lacunaires que fallacieuses du concept insoumis. Certains l’accusent de récuser une France qu’ils seraient bien en peine de définir, d’autres lui reprochent de fracturer le corps social selon des lignes ethniques, et tous s’accordent à la draper de racialisme pour la discréditer.
Dans cette cacophonie médiatique, nous accueillons donc avec intérêt l’article de Vincent Bollenot qui a le mérite de soustraire le débat des anathèmes grotesques et outranciers pour le déplacer vers le terrain de la discussion raisonnée. Pour autant, cet article n’est pas exempt de contresens et il repose à bien des égards sur des prémisses discutables. Ainsi nous reproche-t-il de ne pas « prendre au sérieux la dimension impériale de France », ce qui, selon l’auteur, permettrait de « relativiser la nouveauté que représenterait la présence de populations racisées ». Mais encore faut-il s’assurer que la comparaison soit opérée sous un angle pertinent.
C’est à cette question, et aux autres critiques soulevées dans l’article, que ce texte entend répondre.
La Nouvelle France n’est pas qu’une affaire de chiffres, elle est aussi perception de soi
Comme le précise Vincent Bollenot, les indigènes des colonies étaient pour la plupart des « sujets ». Rattachés à l’État français par la nationalité, ils étaient dépourvus des droits politiques et civils dont jouit le citoyen. Ce statut d’exception, consacré par le sénatus-consulte de 1865, proclamait une inégalité de droit et de fait : inégalité politique par l’exclusion du suffrage et le déni de la plupart des droits politiques, inégalité fiscale par l’assujettissement des indigènes à des impôts spéciaux tels que l’impôt de « capitation » ou encore inégalité juridique par la promulgation, en 1881, du régime de l’indigénat qui…
Auteur: romain romain

