Cette semaine, Franz Himmelbauer revient sur trois livres parus récemment et qui traitent de la manière dont on enferme (et massacre) les humains comme les bêtes : Comme on les enferme. Dans les centres de rétention, de Paris à Lampedusa de Louise Tassin, Porkopolis. La vie standardisée à l’ère des fermes-usines d’Alex Blanchette et Auschwitz de Tal Bruttmann.
J’emprunte le titre de cet article à celui de l’introduction écrite par Michel Agier pour le livre collectif Un monde de camps qu’il avait dirigé à la Découverte voici déjà plus de dix ans. Les camps dont il y est question ne concernent que des humains. En 2014, ils étaient « en train de devenir l’une des composantes de la “société mondiale”, et le lieu de la vie quotidienne de dizaines de millions de personnes, écrit Agier. La solution du camp sous toutes ses formes (ou ce que l’on désigne [par] l’“encampement” apparaît dorénavant comme la plus répandue pour tenir à l’écart ce qui dérange, pour contenir ou rejeter ce qui, humain, matière organique ou déchet industriel, est en trop. L’encampement du monde se présente ainsi comme l’une des formes du gouvernement du monde, une manière de gérer l’indésirable ». Il existe évidemment d’autres façons de faire, comme le montre ces jours-ci le duo infernal Netanyahou/Trump, avec les bombardements massifs de l’Iran et du Liban. Mais c’est un continuum : ainsi, Gaza (et la Cisjordanie) ont-elles d’abord été gérées comme des camps, voire des prisons à ciel ouvert, et, chaque fois que la conjoncture a été favorable, comme des zones de massacre. Dans son texte déjà cité, Michel Agier caractérise les camps – la « forme-camp » par trois traits : « extraterritorialité, exception, exclusion ». On voit tout de suite que ces trois traits peuvent s’appliquer à toutes sortes de situations, qui vont des camps d’extermination et/ou de concentration nazis…
Auteur: dev

